La tournée des dabbawallas

Comme beaucoup, j’ai découvert les dabbawallas en regardant le film Lunch Box, une histoire d'amour née entre deux inconnus grâce à une erreur de livraison de dabba. Ce film met en avant un système de livraison de déjeuners bien rodé qui existe à Bombay et qui est unique au monde pour sa logistique incroyable et ce sans le moindre ordinateur !

Je me suis donc intéressée à ce fameux système de livraison et me voilà partie pour une tournée avec ces désormais fameux dabbawallas, « porteurs de dabbas ». Ce sont pour la plupart des Indiens de la région de Pune et leur système de livraison est organisé en coopérative. Ils sont environ 2 000 à Bombay et livrent quelque 200 000 repas par jour à leurs abonnés, avec un taux d'erreur de 1 erreur sur 16 millions. Ce système existe depuis un siècle et est motivé à la base par le système des castes et le fait d’être certain de manger un repas préparé par un des siens, en général son épouse.

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La collecte des dabbas

9 h dans un quartier du nord de Bombay. Le chef de l’équipe des dabbawallas du quartier me coiffe d'un chapeau blanc, un des attributs du dabbawallah. Dans cette zone, une vingtaine de dabbawallas enfourche son vélo et part collecter les repas chez les familles des clients. Pas une minute à perdre, on parcourt le quartier immeuble après immeuble, étage après étage, porte après porte pour récupérer les repas. Les dabbas sont accrochées à l’extérieur à côté de la porte et le dabbawallas a juste à la prendre : on ne sonne pas et on ne dérange pas et surtout on ne perd pas de temps !  Au fur et à mesure le vélo devient un vrai porte-dabbas, tous les crochets de fortune accrochés au guidon à cet effet sont couverts.

Le premier tri

Après la collecte, on rejoint les autres dabbawallas dans une petite cour et commence le pré-tri des dabbas selon la destination. Elles sont méticuleusement rangées sur de long plateaux en bois pouvant contenir 80 à 100 dabbas. Il y a des dabbas de toute sorte : les traditionnelles en fer comme dans le film (les plus jolies selon moi, souvent à 3 étages),  des sachets types thermos, des boîtes en plastique, …. Toutes ont un seul point commun : un pavé-adresse incompréhensible pour les non-initiés comme moi : pas de nom mais juste des codes de l’adresse de départ, du lieu de gare et du lieu d’arrivée.

 

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En route pour Churchgate !

Vers 10h45 départ pour les différentes gares. Le rythme s’accélère. On se presse et on se faufile dans la rue. Les dabbawallas,  sont prioritaires sur les piétons et voitures.

Nous avons à peine trois minutes pour charger tous les plateaux dans le train, à bord d'un wagon spécialement affrété par les dabbawalas. En fonction du nombre de dabbas, des autres Indiens peuvent se joindre à nous dans le wagon. Nous sommes douze dabbawallas et avons une centaine de dabbas. C’est parti pour Churchgate, l’immense gare centrale de Bombay.

 

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Churchgate et le ballet des hommes en blanc

Après 30 minutes de train, nous arrivons à Churgate. Commence alors un incroyable défilé de dabbawallas venus de toutes les directions. Tous rejoignent le point de ralliement pour un second tri avant la livraison. Sur 500 m, de part et d’autre du trottoir, les dabbawallas déposent les box q'ils trient méticuleusement et calmement en dépit de la clameur ambiante. De-ci de-là, quelques discussions, hésitations, mais globalement tout cela se fait très sereinement.

C’est le moment pour échanger avec quelques dabbawallas sans les gêner dans leur travail, et prendre quelques portraits.

 

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C'est parti pour la livraison !

Vers 13h, chaque dabbawalla repart avec ses dabbas à distribuer dans les bureaux. Certains clients viennent les chercher eux-mêmes en bas des bureaux sinon la livraison se fait à chaque étage à la sortie de l’ascenseur. On ne livre pas comme dans le film sur le bureau de l’employé !

J’ai discuté avec un client qui habite à 1h20 de son bureau vers les studios de Bollywood il paie environ 750 roupies par mois (10 euros env.) pour ce service et en est ravi depuis plus de deux ans. Il venait récupérer son repas mais aussi celui d’un collègue pour qui sa femme cuisine aussi. Le collaboratif de ce système ne se résume donc pas à la seule livraison !

Pause spice lunch bien méritée !

Ensuite, les dabawallas déjeunent par petits groupes vers leur dernier immeuble de livraison, par terre sur des feuilles de journal. Ils partagent leur nourriture (là encore le collaboratif est central) puis récupèrent les box vides et les rapportent à la maison (car les clients sont trop serrés dans le train pour les rapporter et souvent les odeurs épicées des box sales ne sont pas agréables). Pour ma part, la tournée s’est arrêtée à la fin du déjeuner. J’ai vraiment apprécié cette expérience , une belle façon de découvrir un peu de la vie à Bombay.

En savoir plus sur les dabbawallas
Regarder la B.O du film The Lunch Box
© photo principale : Maryline Goustiaux ; © autres photos de haut en bas : Maryline Goustiaux