L’Inde fait son cinéma

Usine à kitsch et à rêves, Bollywood est aussi le cinéma le plus prolifique. Tellement prolifique – quelque 3 000 films en 2014 – qu'on en oublie parfois qu'il existe aussi un cinéma indien indépendant, moins acidulé, parfois même très cru. C'est à ce cinéma que rend hommage le musée Guimet au mois de septembre 2016. L'occasion pour nous de revenir sur 5 des films programmés et que nous avons particulièrement aimés.
1

The lunchbox

Fiction de Ritesh Batra, 2013, 1 h 44

En 2013, ce petit film avait enchanté le festival de Cannes. La lunchbox qui a donné son titre au film est celle d'Ila, qui la confie comme chaque matin au service de livraison desservant les entreprises de Bombay. Un jour, la lunchbox n'est pas livrée à la bonne adresse et atterrit sur le bureau de Saajan, un veuf aigri et proche de la retraite.

Voici un film qui donne l'eau à la bouche. L'odeur de la cuisine d'Ila, d'abord destinée à séduire un mari qui la délaisse, parvient jusqu'aux narines du spectateur et comme Saajan, on se régale d'un riz cuit à la perfection et du dosage parfait des épices. Ce film aborde avec beaucoup de pudeur et de tendresse la solitude des mégapoles et la détresse de bien des femmes indiennes.

→ À voir le vendredi 30 septembre à 14 h 30

2

Le secret de Kanwar (Qissa)

Fiction d’Anup Singh, 2013, 1 h 49

Ce film visuellement somptueux raconte la Partition à hauteur d'hommes. Une « monstrueuse vivisection » selon les propres mots de Gandhi qui jettera 6 millions de musulmans et 4 millions d'hindous sur les routes et suscitera de violents affrontements (environ 200 000 victimes). Parmi les exilés de force, Umber Singh – dans le rôle duquel on retrouve Irrfan Khan qui joue également dans The Lunchbox – , un respectable père de famille du Pendjab. Au désespoir de devoir tout quitter s'ajoute pour Umber Singh celui de n'avoir pas de fils. Lorsque naît sa quatrième fille, il décide de l'élever comme un garçon et la baptise Kanwar. Au fil des années le secret de Kanwar devient de plus en plus difficile à garder et le mur d'illusions érigé par Umber Singh autour de son fils se fissure dangereusement…

→ À voir le vendredi 9 septembre à 20 h 30

3

Titli, une chronique indienne

Fiction de Kanu Behl, 2015, 2 h 07

Comme l'insecte dont il porte le nom (en hindi, titli signifie « papillon »), Titli aimerait bien sortir de sa chrysalide, un bidonville crasseux de New Delhi où il vit avec son père et ses frères, malfrats à la petite semaine. Il met tous ses espoirs dans le poste de gardien de parking qu'il convoite à l'autre bout de la capitale indienne, mais son père décide de le marier de force.

Ne cherchez pas un happy end à la bollywood dans ce film âpre qui raconte une société indienne patriarcale, violente et corrompue. Gracile et lumineux comme un papillon de jour, Titli revêt peu à peu la noirceur d'un papillon de nuit. Car il n'est pas facile de s'émanciper des schémas familiaux et de la pauvreté dans une ville comme Delhi. Contre toute attente, c'est de sa femme épousée de force que viendra le salut…

→ À voir le mercredi 21 septembre à 14 h 30

4

Masaan

Fiction de Neeraj Ghaywan, 2015, 1 h 43

Loin de la touffeur de Bombay, Masaan se déroule dans la cité sainte de Varanasi. À travers l'histoire de trois de ses habitants, s'esquisse le portrait d'une Inde écartelée en tradition et modernité. Deepak est issu de la caste à qui incombe l'incinération des morts sur les bords du Gange. Lorsqu'il tombe amoureux d'une jeune femme appartenant à une caste supérieure, il est tiraillé entre son désir d'aspiration sociale et sa loyauté envers sa famille. De son côté, Devi est surprise dans le lit de son amant, avec qui elle n'est pas mariée. Le scandale qui s'ensuit détruit l'avenir et les rêves de la jeune femme. Le film force parfois le trait, mais restitue bien l'ambiance qui règne sur les ghats de Varanasi et filme admirablement le Gange et la ville.

→ À voir le vendredi 23 septembre à 14 h 30

5

Umrika

Fiction de Prashant Nair, 2015, 1 h 40

Umrika, c'est l'Amérique fantasmée, celle que découvrent les villageois de Jivatpur à travers les colis que leur envoie l'un des leurs, Udai parti réaliser ses rêves aux États-Unis. Un jour pourtant les colis cessent et Rama le petit frère quitte à son tour le village pour retrouver Udai.

L'ouverture des colis donne lieu à certaines scènes hilarantes, telle celle racontant comment les villageois de Jivatpur adaptent la recette du hot-dog à la sauce végétarienne. Au-delà, le film montre très bien une Inde rurale délaissée dont l'exil apparaît comme l'unique manière de s'en sortir.

→ À voir le mercredi 5 octobre à 14 h 30

Cycle de cinéma indien
  • quand ? du 9 septembre 2016 au 21 octobre 2016
  • où ? Auditorium Guimet, Musée national des arts asiatiques, 6 place d’Iéna 75116 Paris
  • quoi ? découvrir le programme complet
© photo principale : Pathé Distribution