Immersion à Dharavi – 1

Avec environ 1 million d’habitants, le bidonville de Dharavi situé en plein Bombay est l’un des plus grands d’Asie. Depuis qu’il a été immortalisé en 2008 dans le film Slumdog millionnaire de Danny Boyle, de nombreuses agences plus ou moins recommandables proposent aux touristes des visites accompagnées dans le bidonville. Voici quelques conseils avant de vous lancer dans cette aventure.

Une ONG sinon rien

Comme beaucoup de voyageurs, nous n’étions pas très à l’aise avec le fait d’aller visiter un bidonville. C’est en entendant parler d'une ONG dont 80 % des bénéfices après imposition financent des programmes d’éducation dans les bidonvilles de Dharavi (Bombay), Sangay Colony (New Delhi) et Manille (Philippines), que nous avons décidé de franchir le pas, et nous ne l’avons pas regretté. Les guides sont des volontaires généralement étudiants qui vivent ou non dans le bidonville. Plusieurs types de tours sont proposés : demi-journée, journée entière, la nuit, à pied ou à vélo. À condition de ne pas prendre de photos, vous pouvez également visiter le quartier par vous-même, mais vous risquez de passer à côté de beaucoup de choses.

Près de 60 % de la population de Bombay vit dans des bidonvilles

Accessible depuis la gare de Churchgate, Dharavi s’étend sur une surface de 2 km2. Un labyrinthe de ruelles poussiéreuses avec des habitations qui vont de baraquements en tôles à des maisons et des petits immeubles en béton. Ici pas de services de voirie, les rues sont jonchées de détritus et les installations sanitaires sont quasiment inexistantes. L’accès à l’eau étant limité à 3 heures par jour, les habitants doivent la stocker dans des bidons. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Dharavi est très bien organisé et compte plus 20 000 micros entreprises. Outre les familles qui ont toujours vécu ici, des milliers de personnes viennent de toute l’Inde pour travailler à Dharavi. Recyclage, tannerie, poterie, broderie, alimentation, chaque activité à son quartier. Une manne considérable qui générerait près de 800 millions de dollars par an.

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Le textile, industrie florissante de Dharavi © Jérôme Cartegini
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Dharavi est coincé entre 2 lignes ferroviaires de Bombay. © Jérôme Cartegini
Visiter Dharavi avec une ONG

Attention, beaucoup d’agences à Bombay essayent de se faire passer pour des ONG, mais n’en sont absolument pas. Certaines n’hésitent pas à utiliser un nom ou un logo très proche des ONG connues pour induire les touristes en erreur.

Premières impressions

Le quartier Factory où est recyclé le plastique ressemble à une sorte de zone industrielle. Des tonnes de plastique sont stockées jusque sur les toits d’où s’échappent des fumées noirâtres et nauséabondes. Séparé des autres quartiers, il est habité essentiellement par des hommes qui viennent travailler et vivre ici pour entretenir leurs familles qui vivent dans les régions très pauvres de l’Inde. Plus loin, les autres quartiers d’habitations ressemblent beaucoup plus à ceux que l’on voit dans le film Slumdog millionaire de Danny Boyle. Un dédale de ruelles, dont certaines ne font pas plus de 1 mètre de large, des cours où les femmes font sécher le linge, des terrains vagues envahis d’enfants qui jouent au milieu des détritus, etc.

 

Recyclage, tannerie, textile, ferronnerie, poterie, à chaque quartier son activité.

Du côté du quartier des potiers, ce sont essentiellement les femmes qui sont à l’œuvre, alors que pour le textile et la tannerie, ce sont surtout des hommes. Les conditions de travail sont précaires. Dans le même temps, le lieu dégage une énergie incroyable et le courage des habitants force l’admiration.

D’après note guide, beaucoup de familles qui pourraient partir de Dharavi font le choix d’y rester. Les tentatives du gouvernement de loger gratuitement la population dans des tours de béton construites en lisière du bidonville se sont soldées jusqu’ici par des échecs. Sous la pression des spéculateurs immobiliers, le quartier qui se trouve au cœur de Bombay pourrait pourtant être amené un jour à disparaître. Une raison de plus pour ne pas manquer cette visite passionnante dont on ne sort pas tout à fait indemnes. On y reviendra...

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Ballots de plastique destinés à être recyclés © Jérôme Cartegini

 

© photo principale : Jérôme Cartegini © photos article : Reality Group, Jérôme Cartegini