Ashoka et le bouddhisme

Le bouddhisme est né en Inde entre le VIe et le Ve siècle av. J.-C. à la suite de l’éveil de Siddhârta Gautama et de ses enseignements. Devenue l’une des plus grandes religions, elle compte quelque 400 millions d’adeptes à travers le monde. Son expansion n’aurait sans doute pas été la même sans le roi Ashoka qui s’est révélé être l’un de ses plus importants ambassadeurs. Né 150 ans après la mort du Bouddha, il n’a eu de cesse de l’honorer en érigeant des monuments dans toute l’Inde, dont certains n’ont été retrouvés que très récemment.

Ashoka, de la cruauté à la religion

Le bouddhisme a fleuri durant plusieurs siècles en Inde avant de commencer à péricliter graduellement à partir du VIe siècle pour disparaître presque complètement suite à l’invasion des musulmans au XIIe siècle.
L’histoire du bouddhisme indien et en général a été fortement marquée par l’empereur Maurya Ashoka (304-232 av. J.-C.) qui régna sans partage durant 35 ans sur un empire s’étendant de l’Inde actuelle jusqu’au Pakistan et l'Afghanistan à l'ouest, et au Bangladesh à l’est. Au début de son règne, Ashoka qui a pris le pouvoir par la violence en tuant tous ses frères est considéré comme un tyran d’une cruauté sans limites. Après une guerre impitoyable contre son rival Kalinga, durant laquelle il assiste à d’épouvantables massacres de masse, Ashoka se convertit au bouddhisme.
Sa métamorphose est spectaculaire… Le souverain devient un adepte de la non-violence, de la tolérance, et du végétarisme, et fait du bouddhisme la religion nationale. À partir de là, il consacre toute sa vie à propager le bouddhisme à travers l’Asie et le reste du monde. Pour diffuser sa nouvelle philosophie bouddhiste auprès du peuple indien, Ashoka promulgue des édits qu’il fait graver en brahmi (l’une des formes d’écriture les plus anciennes du sanskrit) sur des parois rocheuses, des stèles et d’immenses colonnes de grès aux quatre coins de son empire.

 

Un peu partout en Inde, on peut admirer des vestiges d'Ashoka comme cette statue du Bouddha.
Un peu partout en Inde, on peut admirer des vestiges d'Ashoka comme cette statue du Bouddha.

Ashoka le bâtisseur

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Le temple de la Mahabodhi à Bodhgaya

Ashoka fait également ériger le temple de la Mahabodhi autour de l’arbre de la Bodhi, au pied duquel Siddharta Gautama atteignit l'illumination. Ce premier temple construit par Ashoka constitue aujourd’hui pour des millions de bouddhistes; le centre de l’univers. Un lieu aussi sacré que le Vatican ou la Mecque.

Classé au patrimoine de l’Unesco, Bodhgaya dans l’état du Bihar constitue l’un des quatre lieux saints du bouddhisme.
Classé au patrimoine de l’Unesco, Bodhgaya dans l’état du Bihar constitue l’un des quatre lieux saints du bouddhisme.

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Les monuments bouddhiques de Sânchî

L’empereur décide également de faire déterrer les reliques du Bouddha qui avaient été divisées après sa mort entre 8 rois, pour les redistribuer dans de nouveaux lieux saints. Il aurait fait construire des centaines de stupas à travers toute l’Inde, qui ont disparu ou ont été détruites par les prêtres hindous.
En déchiffrant les fameuses colonnes de grès d’Ashoka, certains monuments comme ceux de Sânchî (Madhya Pradesh) ont pu être retrouvés en 1818 grâce à des fouilles entreprises par des archéologues britanniques. Parmi ces monuments, un grand stupa aux portiques sculptés (torana) est d’une beauté incomparable. Les sculptures d’une finesse inouïe racontent des événements de la vie de Bouddha, mais aussi d’Ashoka. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est aujourd’hui l’un des lieux les plus visités en Inde.

 

Placés sur les quatre points cardinaux, les torana sont recouverts de scènes sculptées d'une qualité exceptionnelle.
Placés sur les quatre points cardinaux, les torana sont recouverts de scènes sculptées d'une qualité exceptionnelle.

3
Le mystérieux tombeau de Piprahwa

En 1898 dans l'État de l'Uttar Pradesh, l’archéologue amateur William Peppe met au jour les ruines d’un imposant stupa. Dans une salle, il découvre un immense sarcophage contenant plus d’un millier d'objets, de bijoux et pierres précieuses dont une petite urne remplie de cendres. Cette dernière  contient une inscription en brahmi indiquant qu’il s’agit du tombeau et des cendres de Gautama Bouddha ! Malheureusement, l’authenticité de cette découverte extraordinaire est très vite remise en cause, et la plupart des scientifiques et des bouddhistes pensent qu’il s’agit d’un canular.
Un siècle plus tard, de nouvelles fouilles sont entreprises par l’archéologue indien K. M. Srivasta. En 1971, il découvre un second tombeau plus ancien et plus modeste, avec deux urnes en stéatite contenant 22 fragments d’ossements. Il est convaincu que cette seconde salle est la sépulture authentique du Bouddha, mais là encore, des doutes subsistent.

En 2012, Charles Allen publie un livre sur Ashoka.
Le livre de Charles Allen sur Ashoka

Ce n’est que très récemment que l’historien britannique renommé Charles Allen décide de mener l’enquête. Il fait analyser les inscriptions en brahmi retrouvées sur le sarcophage et les urnes retrouvées dans le stupa de Piprahwa. Sur le sarcophage découvert par William Peppe, les inscriptions jugées authentiques indiquent que le tumulus a été érigé par l’empereur Ashoka en l’honneur du Bouddha. Le souverain aurait décidé à l’époque de faire transférer les cendres du chef spirituel dans un tombeau plus élaboré construit juste au-dessus de l’original, et d'y placer ensuite de magnifiques bijoux en guise d’offrandes. Selon l’historien, le coffre et les bijoux correspondent au style d’Ashoka, et l’écriture utilisée pour l’inscription date de l’époque de son règne. Toujours selon lui, tout semble indiquer que la seconde salle est bien la sépulture d’origine où ont été enterrées les reliques du Bouddha. À suivre…

© photo principale : Incredible India © photos article : Jérôme Cartegini, Incredible India, Icon Films/Alex Holden